La Bibliothèque de l'écologie
à Gap

Gustav Théodor Fechner (1801-1887)

par Philippe Mouchette
Gustav Théodor Fechner

Né le 19 avril 1801 dans le presbytère d'un petit village nommé Gross Särchen dans le sud-est de l'Allemagne, Gustav Fechner descend d'une famille de pasteurs protestants. Dès l'âge de 16 ans, il s'inscrit à la faculté de médecine de Leipzig. Néanmoins, il ne passera pas ses derniers examens de médecine qui lui auraient donné le titre de docteur, dégoûté par l’empirisme médical de son temps. C’est ce qui lui inspirera d’ailleurs ses premières attaques sous le pseudonyme du Dr Mises, des écrits exprimant la rébellion du jeune Fechner contre les pratiques médicales de son temps.

Ainsi, dans les années 1822-1823, il décide de se consacrer à l'étude des sciences positives et à la philosophie. Depuis plusieurs années déjà, Fechner était intéressé par des questions d'ordre philosophique. Inspiré par la « Naturphilosophie » et l’ouvrage de Lorenz Oken sur la philosophie de la nature et plus tard ceux de son maître Friedrich Wilhelm von Schelling, il obtient ses diplômes de philosophie en 1823. On voit déjà transparaître dans ses propositions de thèse l'oeuvre future, à la fois métaphysique et psychologique, de Fechner. Il y affirme l'hypothèse paralléliste entre l'âme et le corps ; la possibilité de la mathématisation des phénomènes psychologiques et l'application scientifique de la méthode de raisonnement par analogie.

Toutefois, il n’enseigna pas la philosophie car, parallèlement à ses travaux dans ce domaine, il s'était engagé à s’intéresser à la physique et à la chimie. Or, en 1824, il a l'opportunité d'enseigner à l'Université la physique mathématique et expérimentale. C'est à partir de là qu'il commence des expériences sur l'électricité, ses activités le conduisant même à un voyage d'étude à Paris en 1827 où il rencontre Ampère, Biot et Thénard. La même année, il publie ses trois premiers travaux originaux en chimie et l'année suivante ses premières recherches originales en physique dont la plus connue portait sur la polarité des circuits électriques. A partir de 1833, il édite et écrit énormément au point d’être exténué. Le surmenage, la difficulté de vivre, une maladie des yeux qui empirait à la suite d'études restées classiques sur les images consécutives de la rétine, le plongèrent, à l'âge de 39 ans, dans un terrible état de dépression qui le condamna à l'inaction dans la pire souffrance entre 1839 et 1843.

En octobre 1843, il retrouve soudainement la santé. L'idée pour son premier grand ouvrage de métaphysique intitulé Nanna ou l'âme des plantes, qu’il publiera en 1848, est née quand il fut capable pour la première fois de voir à nouveau les fleurs de son jardin. Il tint sa guérison pour un véritable miracle. Sa foi cosmologique et religieuse l'avait sauvé, il résolut d'en exposer les principes pour en assurer à tous les bienfaits. Après sa convalescence, Fechner se détourne des questions de physique pour aborder la métaphysique, la psychophysique et l'esthétique expérimentale. Sa métaphysique va le conduire à aborder le problème des rapports entre l'âme et le corps du point de vue mathématique, la question des sensations puis celle de l'esthétique. Ses réflexions aboutiront à la fondation de la psychophysique.

En 1851, il écrit son livre Zend-Avesta ou sur les choses du ciel et de l'au-delà envisagées du point de vue de l'observation de la nature, dont le titre est emprunté aux livres sacrés de la Perse antique, « Zend-Avesta » voulant dire « parole de vie ». Dans cet ouvrage, il développe l’idée selon laquelle la Terre est un être vivant, anticipant ainsi la fameuse hypothèse Gaïa développée par Lynn Margulis et James Lovelock plus d’un siècle plus tard. De même que Fechner essaie de démontrer, dans son Nanna, que les plantes possèdent les caractéristiques de l’esprit, le point de départ de ses réflexions dans Zend-Avesta est l’idée selon laquelle les étoiles partagent les caractéristiques de l’esprit. De plus, il compare la Terre avec notre propre organisme que nous savons avoir un esprit. Fechner relève alors aussi bien les similarités et les dissemblances. De cette manière, il arrive à conclure que toutes les similarités indiquent que la Terre est un être possédant les caractéristiques d’un esprit, et que toutes les dissemblances indiquent que c’est un être avec un esprit d’un ordre bien supérieur au nôtre. Fechner ajoute : « Lorsque meurt le corps d’une âme inférieure, l’âme supérieure l’élève depuis sa vie de perception à sa vie de mémoire. » Pour lui, les âmes des créatures décédées forment les éléments de la vie spirituelle de la Terre. Fechner précise que les différents types de processus de pensée semblent principalement se distinguer par leurs rythmes temporels. Si les plantes possèdent des esprits, les heures et les jours doivent être pour elles ce que les secondes sont pour nous ; la période de temps correspondante pour l’esprit de la Terre comprend plusieurs millénaires, du moins pour son activité externe.

Bibliographie
(Dr Mises) Beweis, dass der Mond aus Jodine bestehe. Leipzig: Germanien, 1821.
(Dr Mises) Panegyrikus der jetzigen Medicin und Naturgeschichte (Panégérique de la médecine d'aujourd'hui et l'histoire de la nature). Leipzig: C.H.F. Hartmann, 1822.
Katechismus oder Examinatorium über die Physiologie des Menschen. Leipzig: Baumgärtner'sche Buchhandlung, 1823.
Katechismus der Logik oder Denklehre, bestimmt zum Selbstund Schulunterricht. Leipzig: Baumgärtner'sche Buchhandlung, 1823.
Praemissae ad theoriam organismi generalem (Prémisses vers une théorie générale des organismes). 24 pp. Lipsiae, typ. Staritii, 1823.
(Dr Mises) Stapelia mixta. Leipzig: C.H.F. Hartmann, 1824.
Uebersetzung von Léon Rostan's Untersucungen über die Erweichungen des Gehirns, zugleich eine Unterscheidung der verschiedenen Krankheiten dieses Organs nach charakteristischen Zeichen beabsichtigend. Leipzig: L. Voss, 1824.
(Dr Mises) Vergleichende Anatomie der Engel (L'anatomie comparée des anges). Eine Skizze. Leipzig: Baumgärtner, 1825.
« Ueber Umkehrungen der Polarität in der einfachen Kette » (Sur la polarité inversée des circuits électriques). Journal für Chemie und Physik, 53 (5), 61-77, 53 (6), 129-151, 1828.
(Dr Mises) Das Büchlein vom Leben nach dem Tode (Petit livre de la vie après la mort). Dresden: Grimmer, 1836.
« Ueber die subjectiven Complementärfarben » (Sur les couleurs subjectives complémentaires). Annalen der Physik und Chemie, 44, 221-245; 513-535, 1838.
« Ueber die subjectiven Nachbilder und Nebenbilder » (Sur les images subjectives consécutives et secondaires). Annalen der Physik und Chemie, 50, 193-221; 427-470, 1840.
Nanna oder über das Seelenleben der Pflanzen (Nanna ou l'âme des plantes). Leipzig: L. Voss, 1848.
« Ueber das Lustprincip des Handelns » (Sur le principe de plaisir dans le comportement). Zeitschrift für Philosophie und philosophische Kritik, 19, 1-30; 163-194, 1848.
Zend-Avesta; oder über die Dinge des Himmels und des Jenseits (3 vol.) (Zend Avesta ou les choses du ciel et de l'au-delà). Leipzig: Voss, 1851.
Ueber die physikalische und philosophische Atomlehre (Sur la doctrine physique des atomes). Leipzig: Herrmann Mendelssohn, 1855.
« Das psychische Mas »s (Sur la mesure psychique). Zeitschrift für Philosophie und Philosophische Kritik, 32, 1-24, 1858.
« Über ein psychophysisches Grundgesetz und dessen Beziehung zur Schätzung der Sterngrössen ». Abhandlungen der Königlichen sächsischen Gesellschaft der Wissenschaften, 4, 457-532, 1859.
Elemente der Psychophysik (2 vol.) (Éléments de métaphysique). Leipzig: Breitkopf & Härtel, 1860.
Ueber die Seelenfrage: Ein Gang durch die sichtbare Welt, um die unsichtbare zu finden (Le problème de l'âme: du monde visible au monde invisible). Leipzig: C.F. Amelang, 1861.
« Zur experimentellen Aesthetik » (Sur l'esthétique expérimentale). Erster Theil. Abhandl. d. Kgl. sächs. ges. d. Wiss., 9, 553-635, 1871.
Vorschule der Asthetik (Introduction à l'esthétique) (2 vol.). Leipzig: Breitkopf & Härtel, 1876.
In Sachen der Psychophysik. Leipzig: Breitkopf & Härtel, 1877.
Die Tagesansicht gegenüber der Nachtansicht (Le point de vue de la lumière versus le point du vue des ténèbres). Leipzig: Breitkopf & Härtel, 1879.
Revision der Hauptpuncte der Psychophysik (Révision des points principaux de la psychophysique). Leipzig: Breitkopf & Härtel, 1882.
« Ueber die Frage des Weber'schen Gesetzes und des Periodicitätsgesetzes im Gebiete de Zeitsinns ». Abhandlungen der Königlichen sächsischen Gesellschaft der Wissenschaften Mathematik und Physik, 13, 1-108, 1884.
« In Sachen des Zeitsinns und der Methode der richtigen und falschen Fälle, gegen Estel und Lorenz » (Sur le sens du temps et la méthode des cas vrais et faux; article consacré à des objections de Estel et Lorenz selon lesquels la loi de weber n'est pas applicable au sens du temps). Philosophische Studien, 3, 1-37, 1885.
« Über die psychischen Massprincipien und das Weber'sche Gesetz » (Des principes de mensuration psychologique et la loi de Weber). Philosophische Studien, 4, 161-230 ; 1887.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les sites suivants :
www.lpelab.org/psycho_et_histoire/Nicolas1a.htm
www.cosmovisions.com/Fechner.htm
en.wikipedia.org/wiki/Gustav_Fechner (en anglais)
serendip.brynmawr.edu/Mind/Consciousness.html (en anglais)

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