La Bibliothèque de l'écologie
à Gap

Biographie de Giffort Pinchot (1865-1946)

par Raphaël Zon
Giffort Pinchot

En 1889, Gifford Pinchot, alors tout frais émoulu de l'Université de Yale, décide d'embrasser la profession forestière et s'embarque pour l'Europe pour recevoir là-bas la formation scientifique qu'il était alors impossible d'obtenir aux Etats-Unis. Son choix tomba sur l'Ecole nationale forestière française, probablement parce que son grand-père était français et vétéran des armées de Napoléon. Lorsqu'à la fin de l'année 1890 Pinchot revint aux Etats-Unis, il trouva le pays obsédé par un délire d'expansion agricole et industrielle. De nouvelles voies ferrées ouvraient l'accès à de nouveaux territoires, les colons s'enfonçaient de plus en plus loin dans les régions inconnues. On avait besoin de bois, de grandes quantités de bois ; sans ce bois, les Etats-Unis n'auraient jamais pu atteindre au degré élevé de confort, de progrès et de puissance dont le pays jouit de nos jours, mais la destruction forestière qui se produisit de front avec cette expansion fut une des plus dévastatrices que l'on ait jamais connues. Le gouvernement fédéral cédait aussi rapidement qu'il le pouvait les terres publiques aux Etats et aux voies ferrées sous forme de concessions. Le Northern Pacific Railroad reçut par exemple près de 16 millions d'hectares ; les Etats à leur tour vendirent leurs forêts à des particuliers. L'Etat de la Caroline du Nord, par exemple, s'est défait de quelques-unes des ses plus magnifiques forêts feuillues au prix de 25 cents l'hectare. Les plus riches terres boisées du gouvernement pouvaient être légitimement acquises au prix de 6 dollars l'hectare. Les compagnies minières s'approprièrent chaque année, sans bourse délier des milliers de mètres cubes de bois appartenant au gouvernement. Voler le bois du gouvernement constituait pour ainsi dire une occupation ordinaire et normale. Les incendies de forêt faisaient rage et n'étaient pas combattus. Ils étaient considérés comme un acte de la volonté divine contre lequel on ne pouvait rien. La destruction de 2 millions d'hectares de bois chaque année ne révoltait pas la conscience publique. La dévastation forestière était considérée chose normale et la régénération forestière comme l'illusion de quelques insensés. Le rendement soutenu était un principe inconnu. Il n'y avait alors ni écoles forestières ni forestiers professionnels et pas un seul hectare de forêt appartenant au gouvernement, à l'Etat ou à des particuliers n'était soumis à un aménagement forestier systématique. Telle était alors la situation aux Etats-Unis à la fin du siècle dernier.

En juillet 1898, Pinchot devint le premier Forestier fédéral. Ses bureaux consistaient en deux petites pièces au dernier étage d'un vieux bâtiment qui a été démoli il y a longtemps. Son personnel tout entier, lui-même compris se composait de onze fonctionnaires. Sur ce nombre, deux seulement avaient reçu une formation forestière à l'étranger. L'appropriation annuelle était de 28 500 dollars et l'équipement était constitué en tout et pour tout par un ruban métrique, une paire de compas à calibrer et une tarière pour mesurer la croissance des arbres.

Il se produisit alors, au cours de dix années seulement, un changement presque radical dans la politique agraire du gouvernement, ainsi que dans l'attitude du peuple envers les forêts et autres ressources naturelles, eau, sol. Pâturage, développement de l'énergie hydraulique, mise en valeur des terres incultes, lutte contre les inondations et contrôle des voies fluviales. Il fallut, pendant ces dix années, livrer une bataille acharnée à la cupidité des intérêts privés, à la corruption bureaucratique et à l'indifférence du public pour arriver à démontrer qu'il est possible, en appliquant de sains principes de sylviculture, de produire du bois sans détruire la forêt. Le mouvement se transforma en une véritable croisade ; d'âpres combats s'engagèrent dans les salles du Congrès ; la conservation forestière prit une teinte nettement politique lors d'une campagne présidentielle. La question fut référée aux plus hauts tribunaux du pays et l'opinion publique commença à s'émouvoir. Mais routine et tradition avaient la vie dure. Les partisans de la conservation, grâce à l'appui enthousiaste du président Theodore Roosevelt, finirent par gagner à peu de chose près la partie, et il fut ainsi donné à Pinchot de contempler avec orgueil, vers la fin de sa vie, l'édifice dont il avait jeté les solides fondements : une superficie d'environ 72 millions et demi d'hectares de forêts appartenant à l'Etat fédéral et exploitées par 2600 forestiers professionnels, selon un plan d'aménagement rationnel ; 5 millions d'hectares de forêts appartenant aux divers états de l'Union soumises elles aussi à un plan d'aménagement par des forestiers expérimentés ; 9 stations régionales d'expérimentation forestière et une institution unique, le Laboratoire des produits forestiers, consacrée à l'étude du bois sous tous ses aspects ; enfin, 29 écoles forestières ayant rang de facultés pouvant recevoir un total d'environ 1500 jeunes forestiers.

Bibliographie
The Conservation of natural resources, Washington : Government printing office, 1908.
Primer of forestry, Part I. The forest, Washington : Government printing office, 1899 ; Part II, 1909.
The conservation diaries of Gifford Pinchot, Durham, N.C. : Forest History Society, 2001.
Breaking New Ground, Island Press, 1998.
The fight for conservation, New York, Doubleday, Page and Co., 1910.

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les sites suivants (en anglais) :
Le texte complet (en anglais) de The fight for conservation de Gifford Pinchot (1910) : http://www.gutenberg.org/files/11238/11238-h/11238-h.htm
http://www.lib.duke.edu/forest/Research/usfscoll/people/Pinchot/Pinchot.html
http://en.wikipedia.org/wiki/Gifford_Pinchot
http://www.nwf.org/halloffame/inductees_pinchot.html